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Qui est Philippe de Champaigne ?

vendredi 20 avril 2012 par xavier bezaud

Philippe de Champaigne1, né le 26 mai 1602 à Bruxelles et mort le 12 août 1674 à Paris, est un peintre français classique d’origine brabançonne.

1-Biographie

Né dans une famille pauvre, jeune, Philippe de Champaigne refuse d’intégrer l’atelier de Rubens à Anvers. C’est un élève de Jacques Fouquières, peintre paysagiste à Bruxelles. Il souhaite visiter Rome mais s’arrête à Paris en 1621, se fixe au quartier latin au collège de Laon où il se lie d’amitié avec Nicolas Poussin et travaille chez les maniéristes Georges Lallemand et Nicolas Duchesne, dont il épouse la fille en 1628. Il quitte l’atelier de Lallemand vers 1625 et commence à travailler pour son compte. Ayant regagné Bruxelles il est rappelé un an plus tard par Claude Maugis, intendant des bâtiments de Marie de Médicis pour participer à la décoration du palais du Luxembourg, dont les pièces maîtresses sont une série de grand tableaux relatant la vie de la commanditaire par Rubens. Champaigne y peint plusieurs fresques des plafonds. Il décore également le carmel du faubourg Saint-Jacques, l’un des chantiers préférés de la reine mère. L’église a été détruite lors de la Révolution française mais plusieurs tableaux, conservés dans des musées, pourraient faire partie de la décoration originale (Présentation au temple à Dijon, Résurrection de Lazare à Grenoble, Assomption de la Vierge au Louvre).

Après la mort de son protecteur Duchesne, il travaille pour la reine mère, Marie de Médicis, ainsi que pour Richelieu. Il est le seul peintre autorisé à peindre le cardinal de Richelieu en habit de cardinal : il le représente onze fois. Il est, avec Simon Vouet, l’un des deux peintres les plus réputés du royaume. Il reçoit en 1629 ses « lettres de naturalité ». Il décore le Palais-Cardinal, le dôme de la chapelle de la Sorbonne et d’autres bâtiments à Paris, dont l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Il fait plusieurs tableaux pour la cathédrale Notre-Dame-de-Paris dont son vœu de Louis XIII, datant de 1638. Il y dessine également plusieurs cartons pour des tapisseries. Ses talents lui méritent la place de premier peintre de la reine et une pension de 1 200 livres. Il est reçu le 1er février 1648 membre fondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture.
À partir de 1648, il se rapproche des milieux jansénistes et devient le peintre de Port-Royal à Paris, puis de Port-Royal-des-Champs où il exécute une série de tableaux2.

Après 1654, il se heurte à la concurrence de Charles Le Brun. Il décore l’appartement d’Anne d’Autriche au Val-de-Grâce ainsi que le réfectoire de cet hôpital (Le Repas chez Simon le pharisien, 1656, Nantes, étant le plus grand des cinq tableaux prévus pour l’endroit). Il est nommé professeur en 1655. En 1657, il peint une série de trois grands tableaux pour l’église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris sur la vie des deux saints dont l’Apparition à Saint Ambroise et la translation des corps des deux saints, les deux toiles étant au musée du Louvre. À partir de 1654, il participe à la décoration des Tuileries, cette fois sous la direction de Charles Le Brun.
À la fin de sa vie, son activité pédagogique devient plus importante : même si aucun écrit ne subsiste de sa main, il existe des transcriptions de plusieurs de ses conférences, publiées par André Félibien en 1668. Il y commente plusieurs œuvres dont celles du Titien, participant ainsi au débat entre coloristes et dessinateurs et prônant une attitude modérée.

2-L’œuvre

Philippe de Champaigne est un peintre classique, essentiellement religieux, proche des Jansénistes, après que sa fille paralysée a été miraculeusement guérie au couvent de Port-Royal, évènement qu’il célébrera dans le célèbre et pourtant atypique Ex-voto en 1662, toile mystique d’action de grâce. Ce tableau, aujourd’hui conservé au musée du Louvre, représente la fille de l’artiste avec la mère supérieure Agnès Arnauld.

Philippe de Champaigne reste un peintre exceptionnel par l’éclat de ses coloris, ce bleu presque surnaturel, et la rigueur de ses compositions. À l’instar de Pascal, elles nous parlent de nos grandeurs comme de nos petitesses. Grandeur et respect des puissants bien sûr, gloire de la France, compassion réelle pour ceux qui souffrent aussi, mais par-dessus tout de la grandeur incommensurable de la nature et de Dieu. Il exalte tour à tour les Majestés et les figures d’humilité comme dans l’Adoration des bergers de 1648, la Présentation au Temple, et la Résurrection de Lazare, dans le sentiment pictural de la présence des corps, des visages, des mains. Philippe de Champaigne touche la perfection avec la splendeur des paysages qui vient d’une souterraine influence flamande, et ses visages, psychologiques, impénétrables.

Son œuvre est vaste, il a laissé nombre de tableaux religieux et des portraits fameux et très appréciés : Haute Noblesse, princes de l’Église, grands commis de l’État, parlementaires, toute la Cour et la Ville posent devant lui et lui font peindre des figures où refusant d’exprimer des expressions passagères, il veut saisir l’être profond de ses modèles. C’était substituer au portrait d’existence baroque un portrait permanent d’essence.

Influencé par Rubens au début de sa carrière, son style devint par la suite de plus en plus austère. Son assiduité au travail lui avait donné une facilité surprenante. Il a laissé une multitude de morceaux estimés, qui ornaient les édifices publics, les églises (Val-de-Grâce, Sorbonne, Saint-Séverin, Saint-Merry, Saint-Médard (Basilique Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand 1643)) et les maisons particulières. À partir de 1661, son crédit diminue. Comme Corneille vieillissant, il est passé de mode, c’est désormais le temps de Charles Le Brun. Il vieillit doucement et meurt le 12 août 1674. Ce sera l’occasion pour les religieuses de Port-Royal de le mentionner dans leur obituaire comme « bon peintre et bon chrétien ».

Cependant, un portrait de Port-Royal, la Guérison de Catherine, apparut à la foule comme inadapté et inconvenant car il n’était pas de coutume et surtout pas bien séant de peindre une œuvre de dévotion tant que son sujet n’était pas décédé et béatifié. Aussi Champaigne se mit-il à réaliser une série de peintures religieuses aux consonances laïques comme Portrait d’Angélique Arnauld où aucun détail ne montre la dévotion de la religieuse : elle n’est pas en prière, ni n’a de crucifix ou de chapelet entre les mains. Le seul élément qui peut nous aider, c’est la croix présente sur son aube. L’œuvre présente un découpage du buste et une gestuelle surprenante, bien qu’ayant un caractère solennel. Un réalisme inapproprié et quelque part irrespectueux imprègne le tout, lorsque l’on aperçoit l’ombre d’un fin duvet de moustache au dessus de la lèvre supérieur de la religieuse. Cependant il y a une explication à tout cela. Champaigne éprouvait beaucoup d’affection pour Angélique Arnauld, et a plus voulu représenter cette affection, dans le psychologique du sujet, représenter la personne, son coté humain plutôt que sa foi. Ce sont les sentiments pour Angélique, plutôt qu’Angélique elle-même.

Aussi, lorsqu’il peint son autoportrait, aucun attribut ne figure, montrant son art.
Il n’a pratiqué le paysage comme thème principal qu’à ces débuts, lors de sa période Française (1621/1628). Il sera néanmoins omniprésent dans plusieurs de ses tableaux comme dans Les Miracles de Sainte-Marie pénitente (1656, musée du Louvre).


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Collège Ph. de Champaigne (académie de Versailles)